À la recherche de la femme imparfaite
Pas parfait, mais vraiment très drôle
Près de cinq ans après avoir tiré un trait sur sa collaboration avec l’humoriste Ghyslain Dufresne au sein du duo Crampe en masse et après avoir obtenu un certain succès en présentant Les Ex en compagnie de Patricia Paquin (lequel spectacle a obtenu trois nominations aux Olivier), voilà que Mathieu Gratton récidive avec À la recherche de la femme imparfaite, un spectacle humoristique mêlant habilement stand-up et sketchs en duo qu’il présente avec la comédienne Karine Lagueux (qu’on a entre autres pu voir dans la télésérie Minuit le soir).
Disons d’emblée qu’À la recherche de la femme imparfaite, présenté en première médiatique le mardi 16 février, au Gesù, devant un public qui en a pourtant vu (et entendu!) d’autres, fait mouche en de nombreuses occasions et va même parfois jusqu’à provoquer l’hilarité générale. Pas mal, pour un spectacle ayant pour unique sujet les relations homme-femme, sujet des plus familiers, maintes fois exploré et analysé sous toutes ses coutures! Gratton, de sa plume à la fois caustique et impudente (il signe l’intégralité des textes), remet donc ce vieux sujet au goût du jour en l’abordant crûment sans toutefois tomber dans le piège de la vulgarité même si, à quelques (rares) occasions, on frôle l’indécence. Comme lorsqu’il nous parle de l’un de ses amis ayant rencontré une fille qui venait de subir une trachéotomie, un ami plutôt obsédé par la chose et qui lui aurait confié : « Yessss! Un orifice de plus! »… Gratton enchaîne en spécifiant que non, son spectacle n’est pas vulgaire, avant de laisser tomber : « En tout cas, elle n’a pas l’choix d’avaler… »
Ceci étant dit, l’essentiel va bien au-delà de ces quelques fadaises un brin licencieuses, l’ex Crampe en masse exploitant surtout un humour burlesque, voire caricatural, qui les amènent souvent, sa compagne de jeu et lui, à y aller de diverses contorsions les entraînant dans les plus folles et insupportables postures. Cet humour quelque peu « théâtre d’été » est cependant pleinement assumé, Gratton s’échappant parfois de son rôle pour constater, complice avec le public, l’absurdité et le non-sens de certaines situations. Et c’est tout à son honneur puisqu’en endossant ainsi ses pitreries, l’assistance n’a alors d’autre choix que de lui pardonner pour ensuite rire de plus belle. En d’autres mots ce qui, en d’autres circonstances, aurait pu être agaçant devient tant sympathique que comique en étant ainsi assumé et, somme toute, voulu.
Le spectacle débute alors que Mathieu Gratton, au lit avec une fille, se fait réveiller par la sonnerie de son téléphone portable. Au bout du fil, une voix lui annonce : « Je suis enceinte… ». Et lui, stupéfait, de répondre : « Qui parle? » Fin de la saynète. Voilà, le ton était donné, et devait perdurer jusqu’à la toute fin de la représentation près d’une heure et demie plus tard (sans entracte). Avec pour tout décor un écran géant, un fauteuil double, une table, une chaise, quatre colonnes en fer et… un lit, Gratton et sa complice nous entraînent d’un sketch à l’autre alors que sont abordés une panoplie de sujets, dont certains plutôt tabous, des rencontres par le biais de RéseauContact aux escortes en passant par les groupies, les poupées gonflables et les M.T.S. Entre autres. La sexualité, on s’en doute, est donc omniprésente tout au long de ce spectacle où les parties de jambes en l’air se succèdent, entrecoupées de courtes séquences vidéo fort à-propos présentées sur l’écran géant, lesquelles ne laissent aucun temps mort entre les scènes.
On le voit, Gratton ratisse large, mais il n’étire pas la sauce inutilement, d’où un spectacle composite, ponctué de scènes des plus diverses malgré le sujet récurrent. Bref, on ne s’ennuie pas. Certains déploreront cependant, avec raison, la prévisibilité de certains gags, mais je soupçonne leur auteur d’être parfaitement conscient de cet état de fait, ce que certaines mimiques laissaient d’ailleurs croire.
Quoi qu’il en soit, Mathieu Gratton manie astucieusement cet art subtil de livrer un punch au moment opportun en employant toujours le ton approprié, ce qui n’est pas donné à tous. Ce mec possède l’expérience de la scène, à n’en point douter. En outre, le public a également droit à trois chansons disséminées ça et là pendant le spectacle, des chansons on ne peut plus désopilantes qu’il livre avec sa guitare et ses paroles pour le moins acerbes.
En terminant, disons que l’ensemble manque certes de perfectionnement, d’une quelconque finesse et que son auteur gagnerait à en peaufiner certains aspects, mais que l’essentiel demeure : À la recherche de la femme imparfaite fait souvent sourire, parfois rire, grassement à part ça. N’est-ce pas tout ce qu’on demande à un spectacle d’humour?
Voyez quelques photos du spectacle dans notre galerie
Photos : Audrey Fournier







