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Rentrée montréalaise de Kevin Parent au Club Soda : The Show must go on…

La veille de sa rentrée montréalaise au Club Soda, le jeudi 4 mars dernier, un Kevin Parent pour le moins chaviré s’était confié à une journaliste du quotidien La Voix de l’Est : « J’ai juste le goût de tout laisser tomber, de changer de pays, de changer de nom. (…) Je pourrais faire n’importe quoi pour me faire oublier ». Ces déclarations, jumelées bien sûr aux récentes mésaventures du chanteur, ont amené un nombre anormalement élevé de reporters à assister à cette première. Qui dit première dit journalistes vous m’direz, bien d’accord avec vous, seulement voilà, m’est avis que la plupart d’entre eux auraient souhaité le voir s’effondrer sur scène, sais pas, que celui qui fait la manchette depuis les malheureux événements survenus sur Grande-Allée leur serve un mélodrame ou, à tout le moins, un soupçon de tragi-comédie susceptible de faire les gros titres. Ceux-là auront peut-être été déçus, l’auteur, compositeur et interprète gaspésien ayant visiblement décidé de s’en tenir à l’essentiel, la musique, en offrant au public un fichu bon spectacle, une prestation solide, solide comme le rock, gracieuseté des membres des Porn Flakes qui l‘accompagnent dans cette tournée.

Un rock qui déménage à souhait, suintant des tonitruantes guitares de Dan Georgesco et Mike Plant, auxquelles s’ajoutent la basse nerveuse de Martin Bolduc et le rythme lourd du batteur Francis Fillion… lesquels ont démarré le spectacle sur les chapeaux de roue avec une version plus « pesante » de Besoin d’amour (premier extrait du récent album éponyme), à l’instar de la plupart des pièces livrées lors de ce concert. En effet, outre les quelques chansons que Parent a présenté seul, guitare acoustique ou… ukulélé (!) en bandoulière, l’assistance a surtout eu droit à des versions plus rock’n’roll que folk, auréolées d’ambiances davantage électriques qu’éthérées. En d’autres mots, oubliez un instant les versions plus intimistes auxquelles il nous avait habitués, et permettez par exemple une Seigneur assourdissante revisitée à la sauce typiquement Porn Flakes, avec un long solo de guitares fracassantes. Quel beau délire musical et… contagieux! Que dire en outre des harmonies vocales, délectables (entre autres pendant Wonky tong, superbe), tandis que la voix de sa choriste (envoûtante Stéphanie Boulay) s’amalgamait brillamment avec la sienne, perceptible entre mille malgré l’ouragan de décibels que soufflaient ses acolytes.

Ceux et celles qui étaient venus pour les confidences seront toutefois repartis bredouilles, Parent ne s’étant adressé que trois ou quatre fois à la foule, de façon succincte qui plus est. L’heure n’était pas aux épanchements, le principal intéressé préférant sciemment laisser toute la place à la musique, comme dans Fréquenter l’oubli, qu’il a amorcée pianissimo avant que ses musiciens ne viennent l’agrémenter, à brûle-pourpoint, d’un percutant crescendo. Moments endiablés, donc, parsemés ça et là d’interprétations de pièces acoustiques, permettant conséquemment une certaine forme de communion avec ses fans. « J’vas vous faire une p’tite chanson pour mes amis d’che-nous… », a-t-il timidement murmuré en milieu de première partie, avant d’entamer Mon pays avec, pour seuls complices, sa six cordes et son harmonica (et… son chien qui est apparu sur scène!), suivie de Petite sirène qu’il a interprétée avec brio en compagnie d’une Stéphanie Boulay à la voix des plus touchantes. Simplicité. Complicité.

La seconde moitié de spectacle a bruyamment débutée avec La jasette, plus rock que jamais, puis, sans crier gare, il enchaînait avec Every Now and Then, extraite de son album de chansons anglophones Fangless Wolf Facing Winter lancé en mai 2007. En enfilant ainsi chanson après chanson avec peu, voire aucune pause ni présentation avant chacune, on pouvait parfois avoir l’impression qu’il souhaitait en finir au plus vite. Peut-être, n’empêche qu’il a offert un généreux rappel de trois chansons des plus senties, lui qui semblait par ailleurs de plus en plus à l’aise au fur et à mesure qu’évoluait la soirée, se déplaçant souvent d’un bout à l’autre de la scène et appréciant chaque moment vécu avec l’un ou l’autre de ses complices, de vrais trippeux de musique, tout comme lui. Comme si, enfin, il était parvenu à remiser en arrière-plan les récents déboires pour laisser toute la place au trip musical; comme si, soudainement, seule la musique revêtait quelque importance. Exit les blablas, viva la musica… Tiens, ça me rappelle ces mots, qu’il m’a dits en entrevue il y a presque déjà dix ans de ça : « Tu sais Dominique, chaque être humain aura, au cours de sa vie, des remises en question profondes, viscérales et tourmentées. J’en ai eues, pis j’en aurai encore. Mais ast’heure, j’m’écoute le coeur. » En ce soir de rentrée montréalaise, nul doute, Kevin Parent était à l’écoute de son cœur. Et du nôtre.

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Texte : Dominique Gauthier
Photo : Audrey Fournier

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