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Fin de partie : « Une journée comme les autres »

Fin de partie n’a pourtant rien d’une pièce comme les autres. Cette œuvre signée Samuel Beckett et mise en scène par Lorraine Côté, présentée à La Bordée jusqu’au 11 février, ramène au vide de l’existence. Rien de moins. Propos pessimistes et inquiétants, mais captivants, grâce à l’absurde ainsi qu’aux acteurs justes et étonnants.

Hamm (Jacques Leblanc) est un vieillard aveugle et paraplégique. Il démontre une véritable cruauté envers son domestique boitant, Clov (Hugues Frenette), et ses parents, Nagg (Roland Lepage) et Nell (Paule Savard), deux culs de jattes qui logent dans des poubelles.

Ces éclopés habitent dans « un trou », aux dires de Hamm. Un huis clos où seulement deux fenêtres laissent croire à un monde extérieur. Celui-ci est pourtant sans vie, ou presque. Il n’y a plus de nature. Quand et où sommes-nous? Nul ne sait. Un univers détruit, postapocalyptique peut-être.

La mise en scène est bien efficace à cet égard. Les hauts murs gris et ternes ainsi que les fenêtres opaques, atteignables grâce à un escabeau, illustrent clairement l’oppression du huis clos.

Hugues Frenette interprète à merveille ce Clov naïf, voire simple d’esprit. Il est drôle et touchant : « Des fois, je me demande si j’ai toute ma tête. Puis, je redeviens lucide. » Quant à Jacques Leblanc, bien que cloué à son fauteuil roulant, il campe son rôle avec une présence impressionnante. Grincheux, maniéré et exigeant, on aime le détester. Le plaisir est aussi de découvrir l’étroite relation d’interdépendance entre ces deux personnages.

Pas d’action, que la parole de l’absurde
Fin de partie ne présente pas d’histoire. Il ne se passe que peu de choses. Comme disent les personnages, c’est « une journée comme les autres », ça « suit son cours ». Il en est ainsi chez Beckett, la parole n’est pas porteuse d’action.

Mais elle n’en est pas moins savoureuse. L’absurdité cinglante des répliques surprend les spectateurs. Un exemple? Clov : « Je ne peux pas m’asseoir. » Hamm : « Je ne peux pas me lever. Chacun a sa spécialité. » Cet humour grinçant, parfois acerbe, est l’un des points forts de la pièce. Le discours est souvent lourd de sens, mais tourne paradoxalement à vide. Volontairement. Certaines répliques sont répétées alors que d’autres semblent hors propos. Et il en ressort une éclatante dimension poétique.

Fin de partie peut laisser perplexe par moments, mais certes pas indifférent. « La fin est dans le commencement et cependant, on continue ».

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Texte : Ali Dostie
Photos : Yves Laroche

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