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Tristesse infinie et douleur vive pour « Tristesse animal noir »

C’est en grande primeur que l’Espace Go a présenté en ce mercredi 18 janvier la première de la pièce Tristesse animal noir, de la jeune dramaturge allemande Anja Hilling. Incroyablement poignante, la pièce plonge l’humain dans le chaos. La violence et l’intensité de celle-ci sont troublantes, déstabilisantes, et étrangement belles.

Tout commence avec six amis et un bambin qui quittent la ville pour une balade en forêt, dans l’insouciance de l’été accablant. Il fait chaud, la banalité et le vin endorment la vigilance.

Puis tout à coup, le chaos. C’est un choc brutal, où tous vivent avec une telle intensité le feu ravageur qu’ils deviennent spectateurs de leur propre douleur, leur souffrance charnelle.

Le feu ravage tout. Le bambin coincé dans la voiture. La mère qui l’y arrache au péril de sa vie. Les autres qui tentent de sauver leur peau, divisés. Les anciennes blessures refont surface avec l’instinct de survie, et la douleur d’un tel drame.

La poésie de cette pièce qui suggère et évoque, plutôt que décrit, rend cette douleur encore plus vive, insupportable. Jusqu’à quel point l’humain peut-il souffrir pour voir en cette douleur une beauté? Ici, sept vies sont déchirées, arrachées. Le feu les a détruites dans l’ombre de la nuit. Car le feu qui couve est un animal silencieux, sournois.

Un jeu poignant et terriblement vrai
Chapeau à David Boutin, qui incarne avec justesse et intensité le personnage de Paul, le plus affecté des compagnons. Son duo avec Pascale Desrochers, campant Jennifer, touche à l’âme directement, dans une brève scène aérienne, poignante et violente d’émotions. La réunion de ces deux ex révèle la fragilité de l’être dans un tel chaos.

De son côté, Alice Pascual est percutante du début à la fin, arrachant un moment de douleur au spectateur qui assiste à l’éclatement de la vie de Miranda, au cœur de mère désormais calciné. Robin-Joël Cool (Flynn) ainsi que Stéphane Demers (Martin) se révèlent être un duo qui se complète étonnamment bien. Vient s’y mêler le personnage d’Oskar, campé par Claude Gagnon, le seul lucide, qui n’a plus rien à perdre après le drame.

Tristesse animal noir ébranle à un point tel qu’il est impossible d’en ressortir le cœur léger. Troublant, il pénètre au fond de l’âme et de l’esprit et y installe son néant dévasté, comme si le spectateur était lui-même victime de l’évènement tragique de la pièce. Rarement a-t-on vu un texte aussi riche, incisif et beau, porté à la vie par des voix aussi vraies. La tragédie fait tellement mal qu’elle en devient belle.

Tristesse animal noir sera présentée jusqu’au 11 février 2012 à l’Espace Go.

Site officiel : http://www.espacego.com/saison2011-12/tristesse.php

Quelques photos de l’arrivée des artistes à la première de la pièce, sont disponibles dans notre section photoreportages ainsi que sur notre page Facebook.

Par Audrey Neveu
Photo : Carl Lessard

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