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« La rumeur dorée – Roberval et l’Amérique » ou comment rendre justice à Jean-François de La Rocque de Roberval

Il est de ces personnages qui tombent dans un « gouffre historique ». Alors qu’ils ont mené des actions qui mériteraient largement d’être racontées, ils sont oubliés… au profit d’autres qui prennent toute la place dans les mémoires et dans les livres d’histoire. Heureusement, parfois, certains chevaliers des temps modernes se lancent dans une noble quête pour faire connaître ces oubliés de l’histoire et leur donner la place qu’ils méritent. J’ai eu la chance de discuter avec l’un de ces chevaliers, Bernard Allaire au sujet de son dernier livre.

Être historien, c’est parfois faire un peu d’archéologie… C’est en tout cas l’impression que l’on a en découvrant l’ouvrage de l’historien Bernard Allaire, La rumeur dorée – Roberval et l’Amérique. Si le livre porte ce nom, c’est tout d’abord en lien avec le précieux métal que, selon la rumeur, renfermait le sol de la vallée du Saint-Laurent. « Et puis c’est un titre que j’ai toujours aimé », souligne Bernard Allaire en toute simplicité.

L’historien, originaire de Québec, présente aujourd’hui son livre sur un homme qui le passionne, Jean-François de La Rocque de Roberval. « Je suis très surpris que ce personnage, qui est fort important dans l’histoire, n’a que peu fait l’objet de recherches rigoureuses et approfondies », explique l’auteur. « Pourtant, ce personnage a présidé aux destinées de la première colonie française d’Amérique établie sur le site du cap Rouge entre 1541 et 1543. En effet, en 1540, il s’est vu confier l’établissement d’une première colonie de peuplement française en Amérique par le roi François 1er ». Or, comme le souligne l’historien, « Les gens connaissent plutôt Jacques Cartier ».

Lorsque je demande à Bernard Allaire pourquoi il pense que Jean-François de La Rocque de Roberval est resté méconnu, il évoque avant tout la religion. « C’était un protestant. Durant de longues années, il a été très délicat de mettre de l’avant un protestant. Je dirais que c’est seulement avec la Révolution tranquille que les choses ont évolué de ce point de vue ». Et bien évidemment, cela prend un historien pour oser se lancer à la recherche d’un grand homme oublié. « J’ai fait sa connaissance lorsque je préparais mon doctorat en histoire à l’Université Laval », explique l’historien. « Il portait sur le commerce des fourrures à Paris et les pelleteries d’origine canadienne aux 16e et 17e siècles. Et dans le cadre de celui-ci, j’ai croisé Roberval. Déjà à l’époque, cela m’avait étonné qu’il soit aussi peu connu du grand public ». En effet, pour nombre de Québécois, Roberval n’est rien d’autre (ou presque) qu’une ville située sur la rive du lac Saint-Jean.

Afin de rendre justice au personnage, mais également de le faire connaître au grand public, Bernard Allaire a pris la décision de proposer un ouvrage scientifique, mais accessible. « Au départ, j’avais le projet de proposer un manuscrit plus scientifique et un autre plus vulgarisé. Mais finalement, la décision a été prise de faire un deux-en-un ». C’est un défi que l’auteur, spécialiste des sociétés et des économies urbaines et maritimes de l’Europe et de l’Amérique du Nord, a relevé avec brio en proposant un livre à la fois complet et illustré. « Je voulais que les choses soient claires, mais précises. Pour y parvenir et faire en sorte que les gens entrent dans l’ouvrage, je l’ai illustré par des exemples de la vie quotidienne et de nombreuses illustrations ».

Tout au long des 160 pages, La rumeur dorée – Roberval et l’Amérique est en effet parsemé de photos représentant des scènes de l’époque, des cartes, des documents d’archives. « Ce travail a été parfois laborieux, mais il donne vraiment un plus à l’ouvrage », explique Bernard Allaire. « Cela donne en fait le goût de le lire et de se plonger dans cette époque ».

En parallèle de la sortie de l’ouvrage, une exposition est proposée au public. Intitulée La colonie retrouvée, celle-ci se tiendra à compter du 1er mai au Musée de l’Amérique française. « J’ai appris que cette exposition allait être organisée et j’ai absolument voulu que le côté historique soit mis de l’avant au même moment que le côté archéologique », précise l’historien. « Pour moi, c’était réellement un train à ne pas manquer. J’ai donc recruté un assistant et nous avons travaillé une année durant à ramasser différents documents. Il m’a ensuite fallu les organiser pour proposer un ouvrage accessible et synthétique. Parce que sur Jean-François de La Rocque de Roberval, j’aurais pu écrire des centaines de pages ».

Au lendemain du lancement de La rumeur dorée – Roberval et l’Amérique, ce que Bernard Allaire espère, c’est que le livre soit distribué en France, mais également que les Québécois en prennent connaissance… puisque tout cela fait partie de leur histoire. Et puis qui sait, peut-être dans un avenir proche proposera-t-il un autre ouvrage traitant de l’épopée de notre cher Jacques Cartier cette fois.

La rumeur dorée – Roberval et l’Amérique est en vente au coût de 34,95 $ en librairie, sur le site Internet des Éditions La Presse et à l’Observatoire de la Capitale. À compter du 1er mai, il sera également disponible dans les boutiques du Musée de la civilisation et du Musée de l’Amérique française.

Entrevue réalisée par : Christelle Lison
Photo : courtoisie

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